On vient de fêter les 100 du canal de la Saône à la Marne (fin septembre 2007)

C'est sans doute enfoncer une porte ouverte de dire que le transport fluvial n'est plus ce qu'il était, mais il semblerait bien que nos élus aient compris tout l'intérêt que représentent les voies fluviales pour valoriser leurs régions,
 et le Canal entre Bourgogne et Champagne, nouvelle appellation pour le bon vieux canal de la Marne à la Saône, pourrait servir d'exemple.

francis dumelié, bateau d'argile et d'eau, centenaire du canal de la marne à la saône
Entre mai et Septembre 2007, de chaque côté du bief de partage, on a fêté les 100 ans de ce canal que les Mariniers ont appelé dès sa mise en service en 1907 le canal de Loeuillet sans que l'on sache bien si c'est Loeuillet, village situé au début du canal, ou presque, versant Bourgogne, ou Heuillet Cotton, sur le bief de partage, dont le nom a ainsi été immortalisé.
De nos jours, 110 000 tonnes de trafic transitent par cet axe, ce qui ne fait guère que 440 bateaux freycinet par an, soit environ le tiers du nombre des passages, le reste étant dévolu à la plaisance qui peut jouir des vénérables ouvrages d'art de ce canal, parmi lesquels deux superbes tunnels, un pont tournant, un pont canal …
Dans les années 60, le trafic a dépassé les 10 bateaux de commerce par jour, avant de diminuer régulièrement.
 
francis dumelié, bateau d'argile et d'eau, centenaire du canal de la marne à la saône   francis dumelié, bateau d'argile et d'eau, centenaire du canal de la marne à la saône 
Les régions traversées sont particulièrement belles, et si les innombrables échanges de jadis entre mariniers et éclusiers sont terminés - tu me donnes un peu de grain, et t'auras un beau poulet, et même les légumes pour aller avec… - le produit de terroir montre à nouveau le bout de son museau : ainsi, Jean Charles Monget propose à St Maurice sur Vingeanne les fromages de ses chêvres, et accueille les touristes de passage dans son élevage. A Chamouilley, Marne Plaisance a établi une base de location de bateaux. De nombreuses promenades pédestres ou cyclistes sont possibles le long de la voie d'eau.
La construction de ce canal qui mettait en communication le Nord de la France avec la vallée du Rhône par un trajet évitant Paris a débuté en 1845, à la demande des nombreux industriels bourguignons et haut marnais handicapés jusque là pour leur approvisionnement en charbon et l'écoulement de leurs produits lourds : sidérurgie, bois de mine, pierre de taille. Il continua le canal latéral à la Marne qui après Vitry le François, s'allongeait au sud jusqu'à Wassy. Luxe de l'époque, une branche fut même établie entre les environs de Rachécourt sur Marne et Brousseval,  à un peu plus de 20 km à l'ouest du canal, pour l'approvisionnement de cette région sidérurgique en charbon, et le transport de ses produits forgés.
Pour une fois, nous laisserons un peu l'aspect technique de cette construction pour aller loin dans notre mémoire qui, comme chacun sait, est particulièrement courte. Disons 3 à 4 générations, pas plus. Là, nous faisons un saut dans les années 1850 : la pelle et la pioche sont les deux outils essentiels de ce chantier, même si la grue et le train à vapeur apportent une aide non négligeable dans le transport des matériaux. Comme chacun sait, derrière chaque pelle, derrière chaque pioche, il y a un homme. Or la région n'est pas réputée pour ses excès démographiques… C'est donc en rangs serrés qu'arrivent des régions les plus pauvres de l'Italie, de beaux et jeunes ouvriers calabrais ou siciliens. Le petit commerce local en profite, et quelques boucles noires et yeux de braise chez les actuels habitants de la région ne doivent pas leur présence au hasard, mais bien à la génétique… 
francis dumelié, bateau d'argile et d'eau, centenaire du canal de la marne à la saône   C'est sans doute enfoncer une porte ouverte de dire que le transport fluvial n'est plus ce qu'il était, mais il semblerait bien que nos élus aient compris tout l'intérêt que représentent les voies fluviales pour valoriser leurs régions, et le Canal entre Bourgogne et Champagne, nouvelle appellation pour le bon vieux canal de la Marne à la Saône, pourrait servir d'exemple.   
Des mauvaises langues disaient même, au bout de notre mémoire, dans les années du début du vingtième siècle, qu'il ne serait pas étonnant de retrouver quelques restes humains dans les culées de quelques ponts franchissant le canal. C'est que ces jeunes terrassiers avaient le couteau facile, et qui se serait alors inquiété d'une pelle ou d'une pioche en trop en début de journée de travail, alors qu'il n'était pas rare que, mal du pays aidant, le chantier subisse pas mal de désertions…
Mais tout ça, ce sont des racontars…
Pour les 100 ans de ce canal, de nombreuses animations ont eu lieu. Une visite du site http://www.canalenchanteur.com donnera un aperçu de ce qui s'est fait au cours du printemps et de l'été 2007.
Saint Dizier avait prévu beaucoup d'animations, mais les contraintes budgétaires ont considérablement réduit les ambitions des organisateurs. C'est vrai qu'avec un budget de
30 000 € pour l'événement, dont le bouquet final avait lieu pendant les journées du patrimoine le deuxième week-end de septembre, et 23 000 € pour la communication qui, comme chacun sait, est essentielle dans toute manifestation, il restait bien peu pour animer. Mais l'essentiel n'est-il pas dans ce que l'on dit des choses, plutôt que dans les choses elles-mêmes ?...
 
francis dumelié, bateau d'argile et d'eau, centenaire du canal de la marne à la saône

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